Le droit à la mort
Suicide mode d’emploi, ses lecteurs et ses juges
C’est à peine si la loi Leonetti de 2005 reconnaît le droit de mourir aux mourants ! On peut désormais « laisser mourir », de faim et de soif, les 150000 agonisant(e)s que l’on « débranche » chaque année, mais le geste euthanasique, l’assistance au suicide et l’information sur ses moyens techniques demeurent interdits. Merveilleux progrès de l’humanisme démocrate !
La question, fondamentale, du droit à disposer de son corps et de sa vie jusqu’à la mort reste entière depuis la publication de
Suicide, mode d’emploi, en 1982.
Il est exceptionnel qu’un succès de librairie fasse contre lui l’unanimité de la presse, des autorités religieuses, civiles et judiciaires. C’est pourtant le destin d’un ouvrage, vendu à plus de 100 000 exemplaires, traduit en sept langues et finalement retiré de la circulation par décision de justice. Claude Guillon analyse le scandale qu’entraîna cette publication et donne à lire des extraits de lettres, choisies parmi plus de 600 reçues, qui sont une correspondance d’amitié, et parfois d’amour. Toutes parlent de la souffrance et de la mort avec une émotion, un humour et un sang-froid dont sont incapables les « suicidologues ».

Claude Guillon, écrivain et essayiste, spécialiste des Enragés, a publié une quinzaine d’ouvrages dont récemment
Le Droit à la mort (Hors commerce) et
Je chante le corps critique (H&O).

Les bibliothécaires nomment « fantôme » le morceau de bristol qui marque dans les rayonnages l'emplacement d'un livre consulté. Livre mythique, Suicide, mode d’emploi est à sa manière un « livre fantôme », bénéficiant du statut original mais peu enviable de « classique introuvable ». Référence obligée en matière de droit à la mort, il incarne aussi désormais les limites de la tolérance démocratique.
S'il a donné lieu à de multiples textes et ouvrages de controverse et à quelques ersatz, {Suicide, mode d'emploi} n'a pas – quant aux informations historiques et juridiques qu'il contient – d'équivalent en français . Son absence des librairies, comme de la plupart des bibliothèques, permettra longtemps encore aux truqueurs de toute espèce de mentir sur son contenu et sur les intentions de ses auteurs. Au moins était-il possible d'offrir au public d'aujourd'hui un ensemble d'informations et de documents jamais réunis à ce jour, dont beaucoup figuraient dans des dossiers judiciaires ou dans des revues professionnelles (médicales, juridiques, etc.) difficilement accessibles.