Roman graphique sans paroles,
Destin est un conte noir et réaliste, rencontre improbable entre un art expressionniste en pleine vigueur (Otto Dix), une satire politique virulente, et une bande dessinée balbutiante (Frans Masereel). Prolongation du travail amorcé dans la revue d’extrême gauche munichoise
Simplizissimus, ce livre met en scène plus de deux cents gravures au plomb retraçant la vie et la mort d’une jeune Allemande dans les années 30. Cadrages savants, liberté stylistique assumée, utilisation stratégique de la taille des vignettes, allant de la miniature au panorama, Otto Nückel crée une œuvre pleine de finesse et de modernité.

Né à Cologne en 1888, artiste prolifique, utilisant nombre de techniques différentes, Otto Nückel n’en est pas moins un grand oublié. Durant les années 20, il produisit des peintures dans un style expressionniste, reconnaissables par leurs teintes aux gris et aux verts cassés. Puis, abandonnant la gravure sur bois, il se tourna vers une technique peu connue à l’époque : la gravure sur métal (et notamment sur plomb). C’est avec ce procédé qu’il travaille sur sa grande préoccupation technique : les valeurs du noir et du blanc. Il obtient alors des images nettes et incisives, animées par un sens inégalé du contraste. En 1930, s’inspirant de Schutzmann, et de Kramer, il développe une manière propre qui demeurera son style classique de gravure.